A cause de Jésus et de l’Evangile

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20ème dimanche du Temps Ordinaire : Commentaires de l’Evangile selon St-Matthieu

Puisque nous n’avons pas le Commentaire de Charles de Foucauld au chapitre 15 de l’Evangile selon saint Matthieu, nous proposons une partie de la Méditation au Psaume 66, prévu par la liturgie de ce même dimanche [15 21-28]

Ce psaume, bien que nous le divisions en deux parties, ne fait qu’un tout sans aucune séparation : il est très un. C’est un cri de louange à Dieu, en le remerciant de son incarnation et le suppliant d’en étendre de plus en plus la connaissance et les bienfaits à toute la terre... « Le Seigneur ait pitié de nous et nous bénisse ! Qu’il fasse briller sur nous son visage et ait pitié de nous ! Que toute la terre connaisse vos voies, et que toutes les nations connaissent votre salut ! Que les peuples vous louent, Seigneur, que tous les peuples vous louent ! » Merci, mon Dieu, de nous avoir donné ce psaume si doux où se trouvent si adorablement exprimés les sentiments qui doivent déborder de notre cœur, votre amour d’abord, et ensuite en vue de vous, le plus ardent amour du prochain et le plus ardent désir de son salut !

Zèle des âmes, par amour pour Dieu ! Combien par amour pour Dieu, en vue de lui, par désir de sa gloire, par désir du salut d’enfants qu’il aime tant, nous devons désirer le salut de toute âme. Dieu aime toute âme vivante plus qu’il n’est possible à aucun mortel d’aimer, car toute âme vivante contient, même la plus souillée, d’admirables beautés, cette image de Dieu que Dieu y a mise en la créant, et à laquelle son cœur, qui dans la pureté et la justice ne peut s’attacher qu’au bon et au bien, s’attache avec un amour ineffable, avec cet amour qui l’a fait descendre sur la terre et tant souffrir en Jésus. Combien ce cœur de Jésus, aimant chaque âme d’un tel amour, a-t-il désiré que chaque âme fît toujours le bien, ne fît jamais le mal ?
Combien ce Cœur plus que maternel a-t-il souffert du mal commis par ces âmes tant aimées, et joui du bien qu’elles ont fait... Si donc nous aimons Jésus, il faut nécessairement que nous aimions passionnément en vue de lui le prochain, que nous jouissions profondément de tout bien que nous voyons en lui, et que nous souffrions amèrement de tout mal que nous apercevons en lui. Tant que nous n’aurons pas ce tendre amour des âmes, ce zèle infini de leur perfection, cette joie de leurs bonnes actions et de leurs vertus, et cette douleur de leurs fautes, nous n’aimerons pas Jésus : car on n’aime pas la mère quand on n’aime pas les enfants, on n’aime pas une âme quand on ne partage pas les sentiments, qu’on ne désire pas ce qu’elle désire justement, qu’on n’éprouve pas de joie de ses justes joies, pas de peine de ses justes peines. Tant que nous n’aurons pas ce zèle ardent des âmes, cet ardent désir de leur perfection (dans lequel est compris le zèle de notre propre perfection) en vue de Dieu, cette douleur de leurs tâches et cette joie de leur beauté, nous n’aurons pas l’esprit de Jésus, nous ne partagerons pas ses sentiments, nous n’aimerons pas ceux qu’il aime passionnément, nous ne l’aimerons pas... Ô mon Seigneur Jésus, donnez-moi cet amour, ces sentiments. Je vous le demande, pour tous les hommes, vos enfants, et en premier lieu pour moi et les autres âmes dont vous m’avez plus particulièrement chargé, mais pour tous, tous, sans exception : en vous, par vous et pour vous, ô bien-aimé Seigneur Jésus [1] !

« Que tous les peuples se réjouissent et tressaillent de bonheur, car vous gouvernez les nations dans la justice et vous dirigez les peuples sur la terre ! Que les peuples vous louent, Seigneur, que tous les peuples vous louent ! La terre a enfin donné son fruit... Que Dieu, notre Dieu, nous bénisse ! Que Dieu nous bénisse ! Et qu’il soit craint jusqu’aux extrémités de la terre. » Merci, mon Dieu, de ces paroles de jubilation ! Merci des bienfaits dont elles vous rendent grâces ! Merci de ce fruit béni de la terre, de cette fleur, de ce Fils de l’homme, que la terre a enfin donné. Merci de ce gouvernement de tous les peuples que vous avez établi sur la terre. Par lui, en obéissant à votre Église et à son chef, ils peuvent tous, s’ils le veulent, marcher à grands pas, pleins de sainteté et de paix, dans la voie du ciel... Que tous les peuples vous écoutent, obéissent à votre vicaire, au Pasteur que vous leur avez donné, et tous, s’aimant comme des frères, pleins de reconnaissance et d’amour, traverseront ce lieu de pèlerinage en pèlerins pieux, recueillis, s’entraidant tendrement les uns les autres, et après avoir été unis en vous et saints sur la terre, arriveront ensemble au ciel, où ils seront éternellement en vous consommés dans l’unité et la sainteté. Voilà vos dons, mon Dieu ! Que vous êtes bon ! Merci ! Merci ! Merci !
Disons ce psaume chaque jour à Laudes avec grande dévotion, grande reconnaissance à Dieu, grande gratitude de l’incarnation de Notre Seigneur Jésus, grand zèle des âmes, grand désir de la conversion de tous les hommes, grand désir de la paix universelle de tous les hommes dans l’amour de Jésus et sous la houlette de son vicaire, grand désir de ma propre sanctification et propos d’employer tous les moyens en mon pouvoir pour travailler à cette grande œuvre qui est l’œuvre même de Jésus sur la terre, et celle que continue son Église et dans laquelle, à leur exemple et dans leur union, doit entrer chaque fidèle [2].


[1M/131 sur Ps 66,1-3 in FOUCAULD (DE) C., Méditations sur les psaumes. Méditations sur les psaumes et le prophètes (1897), Nouvelle Cité, Montrouge 2002, pp. 289-290

[2M/132 sur Ps 66,4-fin in FOUCAULD (DE) C., Méditations sur les psaumes. Méditations sur les psaumes et le prophètes (1897), Nouvelle Cité, Montrouge 2002, pp. 290-291