A cause de Jésus et de l’Evangile

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28éme dimanche du temps ordinaire - Commentaires de l’évangile selon St Marc

« Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel, et viens, suis-moi. »

Merci, mon Dieu, de nous donner cette loi, cette règle générale de la vie parfaite, et d’établir ainsi de votre propre bouche, si nettement, ce qu’il faut faire pour être parfait, pour Vous plaire entièrement, pour ne pas suivre seulement les commandements, mais encore les conseils… Ces quelques mots s’adressent à tous ceux qui veulent « courir à l’odeur de Vos parfums », qui veulent ne rien Vous refuser, se donner pleinement à Vous, Vous glorifier le plus possible sur la terre, et pour cela Vous aimer, Vous obéir, Vous imiter aussi parfaitement que le peuvent des créatures.
Quiconque veut Vous glorifier le plus possible, mon Dieu, et pour cela Vous aimer, Vous obéir, Vous imiter le mieux possible, doit, à moins que l’obéissance à Vos représentants ne le lui défende, 1° : se dépouiller de tous ses biens matériels ; 2° suivre Jésus comme Le suivaient Ses apôtres, c’est-à-dire, en l’imitant parfaitement à l’intérieur et à l’extérieur, en conformant entièrement notre âme à la Sienne, embrassant, faisant nôtres toutes Ses pensées, Ses sentiments, Ses affections, rendant notre âme et notre cœur semblables aux Siens… et conformant entièrement notre vie extérieure à la Sienne, partageant en tout Sa vie extérieure comme le faisaient les apôtres, Le suivant pas à pas et ayant part à Sa pauvreté, à Son abjection, à Ses fatigues, à Ses travaux, à Ses persécutions, à Ses rebuts, à toutes Ses peines et à tous les traitements bons ou mauvais qu’on Lui faisait… Selon cette loi de la perfection que Vous nous donnez, ce code, cette règle que Vous déterminez, on parvient à la perfection fort simplement, sans cette multitude de moyens indiqués dans les livres, par deux degrés qui sont : 1° la pauvreté volontaire unie à la charité envers les pauvres, 2° soin continuel à Vous imiter en tout [1].

Merci, Mon Dieu, de nous montrer avec cette charité et les écueils à éviter et la voie à suivre… Les écueils : la richesse, toutes les douceurs qu’on trouve dans les créatures ;… la voie : la pauvreté, l’abandon de la famille, des biens, de tout le créé.
Quittons nos champs, nos maisons, nos pères, nos mères, nos frères, nos sœurs, nos amis, quittons biens, êtres chéris, tout ! Quittons tout le créé et nous recevrons, non pas cent fois autant en créatures, comme le veulent des malheureux qui n’ont assurément quitté ces choses que de corps et non d’esprit (et sont bien loin d’être pauvres d’esprit), puisqu’ils aspirent à recevoir dès ce monde cent fois plus de ces mêmes biens sensibles qu’ils disent avoir quittés pour Dieu… Plaisante pauvreté d’esprit qui désire avoir cent fois plus de jouissances matérielles, terrestres, sensibles, dans la vie religieuse qu’on en avait dans le monde… Saint Jérôme se moque de ces pauvres d’esprit qui « quittent une femme », dit-il, pensent-ils en recevoir cent de la main de Dieu ?.. Et le saint docteur ajoute : non, ils ne recevront pas le centuple en biens sensibles, mais ils recevront des grâces spirituelles dont la valeur sera cent fois plus grande que n’était celle des biens sensibles qu’ils ont quittés pour Dieu… Plus nous quitterons tous les biens sensibles pour Dieu, plus Il nous donne à la place de biens spirituels, voilà ce que veut dire ce passage ; plus nous quittons du naturel, plus nous recevons du surnaturel… Plus nous faisons le vide en nous, plus Dieu nous remplit de Sa grâce… Plus nous sommes pauvres du créé, plus nous sommes riches du divin… Quand nous avons quitté tout le naturel, tout le créé, que nous avons vidé parfaitement notre âme de tout ce qui n’est pas Dieu, que nous sommes parfaitement pauvres d’esprit, que notre esprit n’a gardé aucune attache à rien de ce qui n’est pas Dieu, qu’il est entièrement dépouillé et nu de tout le créé, alors Dieu qui entre en nous dans la proportion où nous nous vidons de ce qui n’est pas Lui, se donne à nous pleinement, nous remplit entièrement, s’unit complètement à nous, s’installe en notre âme et y fait Sa demeure ; alors c’est l’état d’union, le ciel sur la terre. « Ce n’est plus nous qui vivons, mais c’est Jésus qui vit en nous »… Faites-nous la grâce de parvenir là, mon Dieu, nous le devons tous [2].


[1M/221, sur Mc 10,17-21, en C. DE FOUCAULD, La bonté de Dieu. Méditations sur les Saints Évangiles (1), Nouvelle Cité, Montrouge 1996, 160.

[2M/222, sur Mc 10,22-31, en C. DE FOUCAULD, La bonté de Dieu. Méditations sur les Saints Évangiles (1), Nouvelle Cité, Montrouge 1996, 161-162.