A cause de Jésus et de l’Evangile

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Baptême du Seigneur : Commentaires de l’Evangile selon St-Marc

Et il fut baptisé par Jean

Merci, mon Dieu de nous avoir donné cet exemple : double exemple, quadruple exemple… et bien plus encore : exemple d’humilité… exemple de commencer tout acte considérable par un acte d’humilité, (Vous Vous faites baptiser avant de commencer Votre vie publique ; Vous lavez les pieds de vos apôtres avant d’aller à la Passion)… Exemple de se purifier de ses fautes… Exemple de faire précéder tout acte considérable par la purification de nos fautes…
Suivons ces exemples que Vous daignez nous donner, mon Dieu !.. Humble ! Si un Dieu l’a été, des créatures ne le seront-elles pas ?.. Dieu, sans l’ombre de faute, la perfection infinie, la sainteté par essence, se met volontairement au rang des pécheurs, et nous, pécheurs mille et mille fois, nous ne voudrons pas qu’on nous reproche nos fautes, nous voudrons être dès cette vie placés au rang des saints, nous nous canoniserons dans notre esprit et nous voudrons l’être dans celui des autres… Ô mensonge, des mensonges !.. Ô folie des folies !.. Et comme par un juste châtiment, cette folie, ce mensonge, cet orgueil des orgueils nous amènent nécessairement à avoir dans ce monde et dans l’autre la plus mauvaise place : dans ce monde, car la meilleure place est d’être avec notre Seigneur, dans son imitation, et notre orgueil nous y fait prendre la première place tandis que Lui est tout à l’opposé, à la dernière ; dans l’autre, car « ceux qui s’élèvent seront abaissés »…
Commençons les actes importants de notre vie par un acte d’humilité. Notre-Seigneur nous en donne l’exemple par son baptême et par le lavement des pieds des apôtres… L’Église nous l’enseigne le mercredi des cendres… Prenons cette salutaire habitude, de bien nous mettre, non seulement par la méditation, mais par une action extérieure, avant les actes importants de notre vie, dans la vérité, en nous mettant dans l’humilité… Se purifier de ses fautes… Quand on aime, on ne peut souffrir le moindre nuage entre soi et ce qu’on aime… Si peu qu’on l’a offensé on en souffre mortellement et on a soif de demander pardon… On a soif de voir disparaître jusqu’à la dernière trace de mécontentement (ce mécontentement fut-il injuste) dans l’âme aimée… On n’a pas de repos jusqu’à ce que la réconciliation soit non seulement accomplie (elle n’avait souvent pas besoin de l’être, le mécontentement étant plutôt craint que réel, plutôt une apparence, une inquiétude qu’un fait) mais déclarée :… On veut que la paix soit rétablie officiellement, plutôt dix fois qu’une (même quand elle n’avait pas été troublée)… et on demande, et on redemande dix et dix fois pardon, et on se fait dire dix et dix fois qu’on est pardonné… Et on est impatient d’avoir ces assurances ! Et on se les fait répéter ! Et on répète ses excuses ! Et on n’a pas de repos jusqu’à ce que le dernier nuage ait disparu… Ou plutôt jusqu’à ce qu’à force d’attentions, de marques de tendresse données et reçues, il ne soit évident que l’amour réciproque est plus ardent si c’est possible qu’il n’était avant… C’est ainsi qu’on est avec les créatures… C’est ainsi qu’il faut être mille et mille fois plus avec Notre Bien-aimé Jésus que nous devons aimer mille et mille fois plus ; que nous offensons hélas ! si souvent et si réellement ; et qui lui, n’a jamais aucun tort envers nous, mais toujours toutes les bontés et tous les amours… Ô mon Dieu, faites-nous comprendre cette vérité… Et faites-nous purifier notre âme et à toute heure, après chaque imperfection, chaque faute, et aux examens de conscience de midi et du soir, et chaque fois que nous récitons le confiteor et l’acte de contrition, aux prières du matin, du soir, à la Messe, à la communion, faites-nous sentir la nécessité, le bienfait, le besoin de la fréquente confession, et faites-nous y aller avec ces grands sentiments de douleur et cet ardent désir de réconciliation que l’on éprouve d’autant plus que l’on aime davantage. (Remarquons pourtant que cette douleur et ce désir peuvent être très grands et très réels sans être aussi sensibles chez les uns que chez les autres, en tels temps qu’en d’autres temps)… Faisons précéder tous nos actes importants de la réconciliation avec Dieu, dans la purification de la conscience, soit par la seule prière, soit par le sacrement [1].


[1M/175, sur Mc 1,1-11, en C. DE FOUCAULD, La bonté de Dieu. Méditations sur les Saints Évangiles (1), Nouvelle Cité, Montrouge 1996, 81-83.